home mail us syndication

Formation ou organisation : à qui la faute de l’insertion ? (1)

Plusieurs articles cette semaine ont nourri une réflexion qui m’est chère, celle de l’insertion professionnelle et de la diversité dans les organisations. Ces réflexions feront l’objet de plusieurs posts.

La responsabilité de la formation. Mort aux universités, vive les grandes écoles ?

Deux articles, tout d’abord sur la viabilité et l’avenir des filières de sciences humaines à l’université. Le premier, paru dans le monde est une compilation de témoignages autour de la question des formations en sciences humaines à l’université. Il en ressort qu’en France nombre de ces formations ont, à tord ou raison, mauvaise presse et qu’il convient avec celles ci de s’expatrier dans des pays plus conciliants, de bien préparer son insertion professionnelle par des stages ou des formations complémentaires (double cursus, MS ou mastère, …. ). En effet, un bon nombre des formations en sciences humaines et sociales (SHS pour les intimes) préparent mal à une insertion professionnelle directe. Pour autant les qualités, connaissances et compétences acquises au cours de ces parcours sont des plus utiles et ne rendent pas inapte à l’emploi (Nombre des diplômés occupent les premières années des emplois sous qualifiés.)

Nicolas Gachon (MCf en SH = Maitre de conférence en Sciences Humaines) a dans l’interview qu’il donne à l’observatoire boivigny un regard qui m’apparait lucide et frappé au coin du bon sens par de nombreux aspects. Il est vain de vouloir conserver les filières de lettres et sciences humaines telles qu’elles ont été conçues et pensées voila de nombreuses années. Il n’en demeure pas moins que certaines Licences professionnelles tout autant que des Master professionnels affichent un taux d’insertion professionnel tout à fait comparable à des écoles, preuve s’il en est que l’on peut être diplômé dans ces domaines à l’université et trouver du travail.

La question qui se pose donc, est celle de la finalité de l’enseignement supérieur. Le fait de former des étudiants se fait-il dans une seule logique professionnelle et d’emploi, ou poursuit on un but plus vaste de formation à la citoyenneté, d’ouverture sur le monde et d’humanité. C’est ce que souligne Nicolas Gachon concernant les applications de la LOLF, dont les critères d’évaluations doivent être également en regard des objectifs fixés à l’enseignement supérieur et pas seulement en regard de critères économiques ou d’insertion professionnelle. Ainsi s’il apparait aujourd’hui pour beaucoup absurde de supprimer les “humanités”, “Chercher à figer les sciences humaines dans une aura virtuelle, aujourd’hui en décalage sociétal, aboutira à les réduire au statut de sciences mortes.” (Nicolas Gachon)

Ainsi plus que l’université et les sciences humaines ce qui est en question c’est l’enseignement supérieur (a minima) dans son ensemble, dans sa logique et son fonctionnement. La séparation très importante entre les enseignements, la difficulté à passer d’une filière à l’autre, à suivre des enseignements pluridisciplinaires rend aujourd’hui plus compliquée la réussite des étudiants de ces filières dans leur confrontation au monde du travail et de l’entreprise. Un cursus de lettres qui inclurait des enseignements de gestion, de géopolitique et des ouvertures sur des connaissances scientifiques auraient ainsi plus d’opportunités qu’avec une connaissance universitaire développée dans le seul domaine des langues.

Cette pauvreté des enseignements en terme de transversalité et pluridisciplinarité conduit chaque année de plus en plus d’étudiants à poursuivre leur cursus par une spécialisation, notamment dans une grande école. Ces établissements, particularité française bien connue, bénéficie sur notre sol d’une aura toute particulière, notamment auprès de certains publics (dirigeants, recruteurs) qui vantent les mérites de ces élites aux têtes bien faites. En contrepartie les travaux de sociologie de l’éducation notamment démontre que les étudiants en prépa (CPGE = classes préparatoires aux grandes écoles) sont pour près de la moitié d’entre eux issues de catégories socio-professionnelles supérieures (CSP + aujourd’hui PCS). Le système “méritocratique” aurait ainsi de sérieux biais, favorisant déjà les plus favorisés. En outre, la consanguinité qui découle  de cela, diminue la diversité des parcours et des origines favorisant une rigidification des systèmes et des organisations, diminuant leur capacité d’adaptation, d’innovation, d’intégration, de confrontation, la différence et les oppositions qui s’en suivent diminuant.

Dans un récent ouvrage, Emmanuelle Walter et Thomas Lebègue poussent encore  plus loin cette critique contre un système bicéphale qui accroit les similitudes et regroupent les individus en regard de leurs origines sociales. Pour eux le système de grandes écoles n’a plus d’avenir.

Alors, entre les unes et les autres, aucune ne sortirait du lot et offrirait une vision adapté et efficace des besoins de formations humaines et professionnelles ? Ce serait méconnaitre la valeur et les engagements de chacune, les bonnes initiatives et les filières promouvant un fonctionnement à contre sens. Les IAE et les filières médicales du côté des universités font preuve d’excellence, les initiatives d’ouverture à un public plus large dans les grandes écoles, en cursus initial ou continu; les cursus executive notamment où les publics de stagiaires entre 30 et 50 ans viennent enrichir leurs visions du monde et la confronter à celle d’autres cadres montre l’intérêt : multiculturel, multi professionnel, multi domaines, ces formations onéreuses sont la crème de la diversité.

L’IEP de Paris  du médiatique Richard Descoings ne laisse personne indifférent, tant devant les initiatives que les propos tenus. Ce dernier exprimait récemment sa volonté de faire de sciences po paris un établissement de plus grande ampleur (passé de 4000 à 85000 étudiants en 10 ans). Pour lui, le paradoxe de l’enseignement supérieur réside dans le fait que sa démocratisation ne s’est pas accompagné de la démocratisation de ses établissements d’élites. Cela a noyé certaines filières universitaires sous le nombre d’étudiants, tandis que les grands établissements ont peut augmenté leur capacité d’accueil, sélectionnant parmi des candidats toujours très nombreux et qualifiés. Sciences Po Paris a cette autre particularité d’être plus pluridisciplinaires et ouvert sur le monde que nombre d’établissement et d’université, ce qui a mon sens nous fait grandement défaut en France à l’heure de la mondialisation.

Autant d’éléments qui montrent que si l’insertion professionnelle découle pour partie des formations, notamment dans leur contenu, tout ne relève pas de cela. Le rôle des organisations dans leur capacité à accueillir les apprenants et jeunes diplômés et à les intégrer est là aussi crucial.

Leave a Comment