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Archive for Education et enseignement

Laïcité et société moderne

Le débat actuel autour de l’identité nationale lève en France de nombreuses questions, de nombreux malentendus et préjugés. Les français originaires d’Afrique (Maghreb et Afrique noire) en font assez largement les frais du fait de la différence culturelle qui accentue le sentiment d’altérité. L’islam et les musulmans sont particulièrement visés du fait de la prise de position récente des Suisses sur les minarets, de la mission d’information parlementaire sur le niqab et la burqa, ces voiles intégraux pour les femmes que portent majoritairement des extrémistes et fondamentalistes.
On oublie trop souvent qu’une part de ces Français est tout autant athée ou agnostique, que ceux d’héritage chrétien (qu’ils soient méditerranéens et plutôt catholiques – Portuguais, Espagnols et Italiens – ou d’europe centrale et orientale – Allemands, Polonais, Grecs, … orthodoxes ou protestants.)
Sur France Inter Dounia Bouzar, anthropologue rappelait que l’important n’est pas tant la foi des uns ou des autres que la laïcité, comme capacité à respecter cette croyance. Elle rappelait d’ailleurs que bien souvent ce sont plus les athées qui ont du mal avec les croyants que les croyants de différentes confessions qui dans des pays très sécularisés comme la France parviennent à s’entendre et à se respecter assez bien. Ainsi un certain nombre de « laïcs » sont en réalité des athées non laïcs, qui s’opposent aux croyants et à leur confession, ne respectant pas le principe de laïcité. Les agnostiques pour leur part sont probablement plus laïcs en cela qu’ils interrogent la possibilité d’un fait religieux transcendant le seul niveau rationnel de nos vies et sont ouverts à cette possibilité.

En France où le poids de l’Eglise a été longtemps très important, la fille ainée de l’église peine aujourd’hui à tolérer les croyances. Raison et foi paraissent de ce fait assez inconciliables.

La science a par certains aspects dans notre pays remplacé la religion, certains scientifiques et citoyens ayant une posture scientiste radicale, excluant l’inexpliqué ou l’inexplicable. Les conflits entre sciences humaines et sociales, moins tranchées dans leurs analyses et orientations d’une part, et les sciences dures (mathématiques, statistiques, biologie, sciences médicales) d’autre part plus « rationnelles » et démontrables sont dans certains domaines nombreuses.

Le débat sur l’identité nationale gagnerait à mon sens à interroger cette question de laïcité, de fraternité et de tolérance et les moyens dont on peut apprendre à vivre ensemble et à se respecter. Dans un monde où les grands ensembles (Europe, Amérique du Nord, grand pays en développement) partagent des valeurs, pratiques, économies, politiques parfois en opposition, apprendre aux citoyens au niveau des états à vivre ensemble relève du bon sens pour que les citoyens du monde de demain acceptent de vivre avec cette diversité plutôt qu’en uniformisant le monde.

Pour un manifeste des sciences humaines et sociales

Je retranscrit ci après le manifeste trouvé chez Olivier Ertzscheid, pourvoyeur de contribution de qualité.

Tribune publiée le 7 décembre 2009 sur le site de Mediapart : http://www.mediapart.fr/club/edition/les-invites-de-mediapart/article/071209/pour-un-manifeste-des-sciences-humaines-et-soci

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Dix présidents d’université s’allient pour rappeler «que les universités de SHS ont des taux d’insertion professionnelle identiques à ceux des autres domaines, que l’investissement dans l’enseignement supérieur produit individuellement un différentiel de revenu sensible en faveur des diplômés, que les gisements d’emplois futurs se trouvent dans le secteur tertiaire et les services, que les formes de valorisation de la recherche varient d’un secteur à l’autre et qu’à ce titre les SHS contribuent aussi largement au prestige international de notre pays et à son attractivité…

Au-delà des slogans éphémères qui cachent souvent l’absence de véritable ambition, nous sommes tous convaincus que les universités de lettres et de sciences sociales ont un rôle clé à jouer dans le monde qui nous entoure et dans son évolution. Peu importe le nom qu’on lui donne, il est évident, et participe pleinement au caractère démocratique des sociétés modernes : démocratisation de l’accès à l’enseignement supérieur et accueil d’étudiants de première génération, dont les familles ne sont pas passées par l’Université, formation critique et à la critique sans laquelle il n’est pas de citoyenneté vivante, internationalisation des cursus étudiants et des perspectives de recherche, perpétuation de disciplines séculaires qui constituent des strates indispensables de l’architecture du savoir et invention de nouveaux objets qui ne prennent sens qu’avec les humanités et les sciences sociales (le développement durable, l’économie de la santé, les post-colonial studies, …). Cette situation n’a rien de nouveau : depuis l’après-guerre, et surtout depuis la première grande démocratisation de l’enseignement supérieur au cours des années 1960, les universités de lettres et de sciences sociales se sont trouvées au centre des transformations mêmes du monde social. Pendant longtemps, ce sont bel et bien les universités, mais aussi des grandes écoles ou des institutions dédiées à la recherche, qui ont contribué à faire exister de nouvelles demandes sociales, de nouvelles attentes, de nouvelles exigences de justice. Ce fut notamment le cas, nous le savons tous, de la critique de la sélection scolaire et de ses effets de reproduction sociale, si favorables aux enfants issus des classes dominantes alors même que l’institution scolaire célébrait le mérite individuel, l’égalité supposée de tous, la promotion par l’école: cette préoccupation, ce souci de corriger les mécanismes invisibles qui ferment les filières d’excellence aux enfants socialement les plus démunis, ce désir de démocratiser enfin véritablement l’enseignement secondaire et supérieur qui s’imposent avec une force inédite à la fin des années soixante, ne sont pas séparables des avancées de la sociologie de l’éducation, qui fait, avec quelques grands livres, entrer ces questions dans le champ politique public.

Ce constat pourrait être étendu à d’autres secteurs des SHS d’après-guerre, qu’il s’agisse des statistiques publiques ou des études démographiques : c’est bien souvent la logique de la recherche et de la pédagogie en SHS qui a fait exister telle ou telle question comme objet de préoccupation publique partagé, comme enjeu de société par exemple pour le vieillissement de la population, la désertification rurale et l’aménagement du territoire, ou encore la redistribution des richesses. Au cours des dernières décennies -c’est-à-dire sans doute à partir des années 1980-, un glissement profond s’est produit, dont nous sentons aujourd’hui encore vivement les conséquences. Les conflits qui traversent le monde social ont bien entendu continué à concerner la redistribution des richesses et l’accessibilité des enfants des classes populaires aux filières les plus cotées de l’enseignement supérieur, mais ils ont été aussi redoublés par d’autres revendications ou d’autres attentes, qui relevaient cette fois bien davantage de la reconnaissance que de la seule redistribution : reconnaissance de la différence religieuse, culturelle ou sexuelle, critique des formes latentes ou explicites de discrimination, prise en compte des situations de handicap etc…

Or ce ne sont pas, ou pas seulement, les universités et les grandes écoles qui ont fait exister ces questions et ces revendications, mais aussi les acteurs sociaux, les associations, les partis politiques traditionnels ou nouveaux (comme les Verts). La position des universités a donc été probablement plus morcelée, moins visible, moins sûre d’elle-même qu’au cours des années 1960-1970, à la fois parce que les disciplines qui pouvaient porter les réponses et donner des éléments solides de critique étaient inexistantes dans les universités ou alors dominées (Gender and Queer Studies, psychologie sociale…) et parce que les institutions d’enseignement supérieur et de recherche étaient elles-mêmes objet de critiques sur leurs propres pratiques de recrutement et de promotion :combien de femmes parmi les présidents d’Universités ou les directeurs de grandes écoles, combien de personne issues de l’immigration ? Le rôle des universités en a été transformé, au moment même où elles devaient accueillir, justement, des publics nouveaux, eux-mêmes demandeurs de reconnaissance et de justice. Mais aujourd’hui ces mêmes universités sont confrontées à une crise d’une toute autre ampleur, qui n’est en rien propre à la France et que l’on rencontre presque sous les mêmes traits en Allemagne, en Italie ou en Angleterre, mais que les réformes politiques récentes ont sans conteste contribué à rendre plus aigue : baisse annoncée des effectifs, particulièrement criante dans certains secteurs comme les langues, incertitude sur l’avenir de leurs équipes de recherche en raison des bouleversements qui affectent les grands organismes et de la montée en puissance de l’ANR, invitation pressante, voire brutale, à se soumettre à des modes d’organisation et de financement étrangers à leurs habitudes et souvent aléatoires voire illusoires, mise en demeure de produire à des fins d’évaluation des indicateurs peu adaptés aux humanités et aux sciences sociales, confrontation, ici ou là, à un discours anti-intellectuel qui les relègue au rang de simples utilités…

Les débats et les grèves de l’année écoulée ont montré que toutes les universités ne sont pas également confrontées aux mêmes problèmes et qu’au-delà des enjeux généraux (sur les carrières, les moyens, les bâtiments notamment) il existe aussi des questions spécifiques aux grandes universités de lettres et de sciences humaines. Comment défendre et valoriser leur recherche, qui a évidemment bien d’autres débouchés que les brevets ? Comment faire comprendre et reconnaître que la bibliométrie, même mâtinée d’autres indicateurs, aura des effets désastreux en invitant les chercheurs à une spécialisation très forte et très rapide, à la multiplication des versions successives des mêmes travaux ? Comment redonner aux plus brillants des universitaires en début de carrière le goût de l’investissement collectif si tout se résume finalement au nombre d’item que chacun pourra lister dans sa fiche personnelle ? Comment faire entendre que la recherche en sciences humaines se fait dans des équipes souvent sans murs, dans des réseaux, des participations croisées ? Comment éviter que les masters concours ne conduisent à la disparition pure et simple des secteurs disciplinaires entiers et de la formation à la recherche des étudiants ? Comment éviter que le contrat doctoral ne conduise à un formatage desséchant des thèses dont certains PhD américains donnent l’exemple peu convaincant ? Comment accueillir mieux des étudiants d’origines de plus en plus variées ? Bref, comment faire pour que nos universités restent ce qu’elles ont toujours été : un lieu d’inventivité et de promotion sociale.

C’est justement pour porter collectivement une réflexion sur ces questions cruciales et pour redevenir force de proposition audible, que nos universités entendent constituer entre elles une fédération ou une association, qui sera tout autre chose qu’un club ou un lobby : un groupe de réflexion et de proposition à qui il appartiendra, par exemple, de rappeler que les universités de SHS ont des taux d’insertion professionnelle identiques à ceux des autres domaines, que l’investissement dans l’enseignement supérieur produit individuellement un différentiel de revenu sensible en faveur des diplômés, que les gisements d’emplois futurs se trouvent dans le secteur tertiaire et les services, que les formes de valorisation de la recherche varient d’un secteur à l’autre et qu’à ce titre les SHS contribuent aussi largement au prestige international de notre pays et à son attractivité…

  • Olivier Christin, président de l’Université Lyon 2
  • Patrice Brun, président de l’Université Bordeaux 3
  • Alain Spalanzani, président de l’Université Grenoble 2
  • Lise Dumasy, présidente de l’Université Grenoble 3
  • François Le Poultier, président de l’Université Nancy 2
  • Anne Fraïsse, présidente de l’Université de Montpellier 3
  • Georges Molinié, président de l’Université Paris 4
  • Pascal Binczak, président de l’Université Paris 8
  • Bernadette Madeuf, présidente de l’Université Paris 10
  • Marc Gontard, président de l’Université Rennes 2

Parution

Couverture Intro psy positiveA la demande d’un collègue et ami, Thomas Saïas, j’ai pris part il y a bientôt un an à la co-écriture d’un chapitre dans le premier ouvrage en français sur la psychologie positive. Nous avons pour notre part commis le chapitre sur la psychologie communautaire, démarche encore peu connue et développée en France, mais existant de longue date dans d’autres pays comme l’a montré le congrès européen de psychologie communautaire qui a eu lieu fin octobre à Paris.

Introduction à la psychologie positive, dirigé par Jacques Lecomte, fait 310 pages et compte 18 chapitres. Il est structuré selon les trois niveaux constitutifs de la psychologie positive : le niveau personnel, le niveau interpersonnel, et le niveau social et politique. Bien sûr, chaque niveau comprend ensuite plusieurs chapitres, aussi voici le plan d’ensemble des thèmes traités dans l’ouvrage :

 

Introduction : qu’est ce que la psychologie positive ?

 

Première partie - La Psychologie Positive : un art de vivre avec soi-même

1. Les émotions positives : à quoi servent-elles et comment les savourer ?

2. Entre Candide et Cassandre : la nécessaire complémentarité de l’optimisme et du pessimisme

3. La motivation est-elle positive ?

4. Les trois facettes du sens de la vie

5. Le vieillissement réussi

6. La psychologie positive : un nouvel élan pour la psychothérapie

 

Deuxième partie - La psychologie positive : un art de vivre avec autrui

7. Les compétences psychosociales chez l’enfant

8. L’impact du soutien social sur la santé

9. Tirer parti de ses problèmes de couple

10. Les trois composantes de l’empathie

11. La psychologie de la gratitude

12. Le pardon : une porte ouverte sur l’avenir

 

Troisième partie : La psychologie positive : instrument de changement social

13. La motivation humaine pour la justice

14. Origines et enjeux actuels de la psychologie communautaire

15. La psychologie sociocognitive au changement social par les médias

16. Qualité environnementale et comportements écocitoyens

17. La justice restauratrice
18. La réconciliation entre ennemis est possible : voir, communiquer et agir autrement

 

Article inspiré de celui de Charles Martin-Krumm sur son blog.

Education et enseignement : le prix des réformes

Je retranscris ci après le texte trouvé chez Olivier Ertzscheid. Son auteur parle bien mieux que moi des enjeux et risques de la réforme en cours.

Lettre de Philippe Meirieu à Xavier Darcos, en date du 27 décembre 2008 … bonne lecture.
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Lettre ouverte à Xavier Darcos, Ministre de l’Education nationale
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Monsieur le Ministre,

J’ai déjà dit, à plusieurs reprises, à quel point j’estimais le professeur, l’humaniste, le lettré et le grand connaisseur de l’Éducation nationale que vous êtes. Pour autant, je n’ai jamais caché mes profonds désaccords avec vous. Nous croyons, en effet, l’un et l’autre, que l’avenir de la démocratie dépend de notre capacité à ne pas traiter nos adversaires en ennemis et à tenter de dépasser ensemble, autant que possible, nos inévitables différends pour esquisser un peu de « bien commun »… Or, aujourd’hui, Monsieur le Ministre, je suis vraiment très inquiet. L’Éducation nationale me semble gravement ébranlée : l’ampleur du désarroi des uns et la violence de la colère des autres me paraissent très largement inédites et infiniment préoccupantes.

Tout a été dit, depuis plusieurs mois, sur les dangers que faisaient courir à notre système éducatif les réductions budgétaires et les suppressions de postes déjà effectuées ou à venir. J’imagine, d’ailleurs, que vous en êtes parfaitement conscient et que vous auriez préféré bénéficier d’arbitrages plus favorables de Bercy en faveur de votre ministère. Reste que vous êtes membre d’un gouvernement qui fait de la réduction de la fonction publique une de ses priorités. À ce titre, vous participez d’une politique qui est, à mes yeux, infiniment dangereuse.

Cette politique est dangereuse, parce qu’elle sacrifie l’avenir de notre pays à des équilibres financiers à court terme dont on a vu, avec la crise récente et l’octroi par l’État de plusieurs milliards d’euros de garantie aux systèmes financiers, à quel point ils n’étaient qu’un prétexte.

Elle est dangereuse aussi, parce qu’elle ne calcule jamais les coûts sociaux, à moyen et long termes, de ses choix : coût de l’échec scolaire et de la désespérance de jeunes qui y sont assignés à résidence, coût des conflits et des gaspillages provoqués par la concurrence attisée entre l’État et les collectivités territoriales, entre les parents et l’école, entre les établissements et, peut-être bientôt, entre les enseignants eux-mêmes courant après les petits avantages que vous accordez aux uns et refusez aux autres… Là est, d’ailleurs, la véritable illusion du libéralisme : il prétend baisser les coûts et augmenter la qualité en lâchant la bride à la concurrence. On a vu ce que cela donnait dans le domaine économique et nous n’avons pas fini d’en payer le prix ! En matière scolaire, nous aurons le même effondrement en utilisant les mêmes principes et en mettant en ?uvre des mesures du même type : suppression de la carte scolaire, pilotage par les résultats, rémunération au mérite, etc.

Oubliée, ou presque, l’éducation prioritaire qui impose un travail d’accompagnement pédagogique minutieux des écoles et établissements « difficiles ». Oubliées, ou presque, les initiatives artistiques et culturelles en direction des élèves les plus défavorisés pour qu’ils accèdent aux ?uvres les plus exigeantes. Oubliés, ou presque, les mouvements pédagogiques et d’Éducation populaire qui permettent aux enseignants de trouver des appuis et de solliciter des complémentarités… La politique que vous menez s’appuie sur le présupposé implicite que la pression consumériste sur l’école va compenser tout cela ! Alors qu’en réalité, elle contribue au développement des ghettos… D’un côté, de bons établissements qui recrutent de bons élèves et se prévalent de bons résultats pour obtenir de nouveaux crédits. De l’autre les laissés-pour-compte où quelques « saints laïcs » réussissent, parfois, contre vents et marées à faire exister un peu de « véritable école ». Certes, cette situation n’est pas totalement nouvelle, mais tous les observateurs s’accordent, aujourd’hui, pour souligner qu’elle empire : non seulement la fracture scolaire ne se résorbe pas, mais elle continue de s’accroître.

Votre politique est dangereuse parce qu’en externalisant le traitement des difficultés d’apprentissage vers une multitude de structures de soutien ou en les traitant de manière technocratique à l’aide de prothèses pharmaceutiques et paramédicales, elle vide inexorablement la classe de sa substance (1). Au lieu de travailler à mobiliser tous les élèves sur les savoirs, on se résigne petit à petit au darwinisme scolaire systématique : les déversoirs sont là pour récupérer les inadaptés ! Au lieu d’ actions globales au sein de projets d’école ou d’établissements cohérent, on juxtapose des interventions individuelles pour « rectifier » les individus ! Vous prétendez lutter contre l’inégalité d’accès aux officines privées en mettant en place des stages pendant les vacances ou de l’aide personnalisée en primaire. Mais, outre que vous mettez à mal le rythme de vie des enfants, déjà bien compromis, vous enclenchez ainsi un mouvement qui conduit inexorablement à réduire l’acte pédagogique à une transmission frontale de plus en plus formelle… agrémentée d’une offre de dispositifs externes de remédiation qui, inévitablement, accroîtra les inégalités. Car, en réalité, notre système scolaire tout entier devient une usine à gaz totalement incompréhensible pour les familles populaires. Tandis que les enseignants se transforment en « guichets de service », disponibles pour les familles qui savent les instrumentaliser. Read the rest of this entry »

Formation tout au long de la vie, tenant et aboutissant

Par l’intermédiaire de Florence Meichel dont les idées et ressources sont toujours d’une très grande richesse pour moi sur les questions d’éducation, j’ai eu le très grand plaisir de regarder cette retransmission d’une intervention de Claire Héber-Suffrin, initiatrice des réseaux d’échanges réciproques des savoirs (RERS).

L’idée que je retiens de son intervention est celle que tout apprenant peut à son tour être enseignant, l’idée que tout un chacun est riche d’un savoir et que l’opportunité offerte à celui qui se trouve toujours en position de recevoir, d’être assisté, est un formidable moteur d’apprentissage plus grand encore dans une dynamique de formation continue.

La vidéo dure une vingtaine de minutes, très riches.

Développement durable et société

Un grand merci à Jean Sébastien Trudel.

Il a exprimé de manière très simple et claire une réalité qui me tient à coeur :

“Le développement durable, c’est à propos de nous.

Sans nous, la Nature s’organiserait très bien. Ce qu’on veut faire durer, c’est nous. Et le seul moyen d’y arriver, c’est en préservant les conditions essentielles à la vie que fournissent les écosystèmes.

Ne tombez pas dans le panneaux: la technologie, ce n’est qu’un moyen. L’objectif, c’est nous!”

Si la technologie, l’économie, l’environnement, le DD et la RSE sont importants, ce n’est pas tellement pour la planète, qui a connu de nombreuses crises, que pour nous.

On retrouve ici l’idée que c’est par l’éducation, l’information, la sensibilisation des individus que la situation a le plus de chance d’évoluer. Une évolution des consciences, une prise de conscience de notre responsabilité et de l’évolution du contexte géopolitique international qui rend caduque une grande partie du modèle sur lequel repose notre société.

En cela bien que les sciences humaines et sociales soient parfois dévalorisées, leur apport à la réflexion, à l’éthique, à la conscience et la capacité à penser en dehors des logiques technologiques, politiques ou économiques sont précieuses.

L’enjeu du développement durable est de trouver un modèle de relation entre nous, entre nous et la nature et entre les états qui prennent en compte la réalité longtemps occultée : nous sommes de plus en plus nombreux sur un territoire fini aux ressources limités. Les indicateurs que nous utilisons, les finalités que nous poursuivons et les moyens que nous mettons en oeuvre ne sont pour beaucoup pas adapté aux enjeux.

Formation ou organisation : à qui la faute de l’insertion ? (1)

Plusieurs articles cette semaine ont nourri une réflexion qui m’est chère, celle de l’insertion professionnelle et de la diversité dans les organisations. Ces réflexions feront l’objet de plusieurs posts.

La responsabilité de la formation. Mort aux universités, vive les grandes écoles ?

Deux articles, tout d’abord sur la viabilité et l’avenir des filières de sciences humaines à l’université. Le premier, paru dans le monde est une compilation de témoignages autour de la question des formations en sciences humaines à l’université. Il en ressort qu’en France nombre de ces formations ont, à tord ou raison, mauvaise presse et qu’il convient avec celles ci de s’expatrier dans des pays plus conciliants, de bien préparer son insertion professionnelle par des stages ou des formations complémentaires (double cursus, MS ou mastère, …. ). En effet, un bon nombre des formations en sciences humaines et sociales (SHS pour les intimes) préparent mal à une insertion professionnelle directe. Pour autant les qualités, connaissances et compétences acquises au cours de ces parcours sont des plus utiles et ne rendent pas inapte à l’emploi (Nombre des diplômés occupent les premières années des emplois sous qualifiés.)

Nicolas Gachon (MCf en SH = Maitre de conférence en Sciences Humaines) a dans l’interview qu’il donne à l’observatoire boivigny un regard qui m’apparait lucide et frappé au coin du bon sens par de nombreux aspects. Il est vain de vouloir conserver les filières de lettres et sciences humaines telles qu’elles ont été conçues et pensées voila de nombreuses années. Il n’en demeure pas moins que certaines Licences professionnelles tout autant que des Master professionnels affichent un taux d’insertion professionnel tout à fait comparable à des écoles, preuve s’il en est que l’on peut être diplômé dans ces domaines à l’université et trouver du travail.

La question qui se pose donc, est celle de la finalité de l’enseignement supérieur. Le fait de former des étudiants se fait-il dans une seule logique professionnelle et d’emploi, ou poursuit on un but plus vaste de formation à la citoyenneté, d’ouverture sur le monde et d’humanité. C’est ce que souligne Nicolas Gachon concernant les applications de la LOLF, dont les critères d’évaluations doivent être également en regard des objectifs fixés à l’enseignement supérieur et pas seulement en regard de critères économiques ou d’insertion professionnelle. Ainsi s’il apparait aujourd’hui pour beaucoup absurde de supprimer les “humanités”, “Chercher à figer les sciences humaines dans une aura virtuelle, aujourd’hui en décalage sociétal, aboutira à les réduire au statut de sciences mortes.” (Nicolas Gachon)

Ainsi plus que l’université et les sciences humaines ce qui est en question c’est l’enseignement supérieur (a minima) dans son ensemble, dans sa logique et son fonctionnement. La séparation très importante entre les enseignements, la difficulté à passer d’une filière à l’autre, à suivre des enseignements pluridisciplinaires rend aujourd’hui plus compliquée la réussite des étudiants de ces filières dans leur confrontation au monde du travail et de l’entreprise. Un cursus de lettres qui inclurait des enseignements de gestion, de géopolitique et des ouvertures sur des connaissances scientifiques auraient ainsi plus d’opportunités qu’avec une connaissance universitaire développée dans le seul domaine des langues.

Cette pauvreté des enseignements en terme de transversalité et pluridisciplinarité conduit chaque année de plus en plus d’étudiants à poursuivre leur cursus par une spécialisation, notamment dans une grande école. Ces établissements, particularité française bien connue, bénéficie sur notre sol d’une aura toute particulière, notamment auprès de certains publics (dirigeants, recruteurs) qui vantent les mérites de ces élites aux têtes bien faites. En contrepartie les travaux de sociologie de l’éducation notamment démontre que les étudiants en prépa (CPGE = classes préparatoires aux grandes écoles) sont pour près de la moitié d’entre eux issues de catégories socio-professionnelles supérieures (CSP + aujourd’hui PCS). Le système “méritocratique” aurait ainsi de sérieux biais, favorisant déjà les plus favorisés. En outre, la consanguinité qui découle  de cela, diminue la diversité des parcours et des origines favorisant une rigidification des systèmes et des organisations, diminuant leur capacité d’adaptation, d’innovation, d’intégration, de confrontation, la différence et les oppositions qui s’en suivent diminuant.

Dans un récent ouvrage, Emmanuelle Walter et Thomas Lebègue poussent encore  plus loin cette critique contre un système bicéphale qui accroit les similitudes et regroupent les individus en regard de leurs origines sociales. Pour eux le système de grandes écoles n’a plus d’avenir.

Alors, entre les unes et les autres, aucune ne sortirait du lot et offrirait une vision adapté et efficace des besoins de formations humaines et professionnelles ? Ce serait méconnaitre la valeur et les engagements de chacune, les bonnes initiatives et les filières promouvant un fonctionnement à contre sens. Les IAE et les filières médicales du côté des universités font preuve d’excellence, les initiatives d’ouverture à un public plus large dans les grandes écoles, en cursus initial ou continu; les cursus executive notamment où les publics de stagiaires entre 30 et 50 ans viennent enrichir leurs visions du monde et la confronter à celle d’autres cadres montre l’intérêt : multiculturel, multi professionnel, multi domaines, ces formations onéreuses sont la crème de la diversité.

L’IEP de Paris  du médiatique Richard Descoings ne laisse personne indifférent, tant devant les initiatives que les propos tenus. Ce dernier exprimait récemment sa volonté de faire de sciences po paris un établissement de plus grande ampleur (passé de 4000 à 85000 étudiants en 10 ans). Pour lui, le paradoxe de l’enseignement supérieur réside dans le fait que sa démocratisation ne s’est pas accompagné de la démocratisation de ses établissements d’élites. Cela a noyé certaines filières universitaires sous le nombre d’étudiants, tandis que les grands établissements ont peut augmenté leur capacité d’accueil, sélectionnant parmi des candidats toujours très nombreux et qualifiés. Sciences Po Paris a cette autre particularité d’être plus pluridisciplinaires et ouvert sur le monde que nombre d’établissement et d’université, ce qui a mon sens nous fait grandement défaut en France à l’heure de la mondialisation.

Autant d’éléments qui montrent que si l’insertion professionnelle découle pour partie des formations, notamment dans leur contenu, tout ne relève pas de cela. Le rôle des organisations dans leur capacité à accueillir les apprenants et jeunes diplômés et à les intégrer est là aussi crucial.

Orientation… les COP, une espèce en voie de disparition ?

Souvent décriés, régulièrement pointés du doigt, les conseillers d’orientations psychologues sont pour beaucoup des professionnels expérimentés et compétents.

Pourquoi une telle insatisfaction et critique me direz vous ? La responsabilité en incombe pour une bonne part à leur rôle, missions et statut au sein du système d’enseignement, tout autant qu’à leur faible nombre. Ils sont tout juste quelques milliers pour l’ensemble des élèves de secondaire et de supérieur, chacun ayant à gérer entre 800 et 10 000 personnes sur sa zone de responsabilité, autant dire une gageure.
(Pour ceux que ça intéresse je peux vous fournir plus d’infos sur la question).

Quoi qu’il en soit après la diminution des recrutements et postes ouverts que l’on a pu observer ces dernières années, le dernier rapport du Haut conseil à l’éducation semble porter une fois encore au pilori ces professionnels méconnus.

“Le HCE constate qu’à “l’issue du collège, environ quatre élèves sur dix considère que leur orientation a été plus subie que voulue”. L’orientation consiste en effet “à trier les élèves en fonction de leurs seuls résultats scolaires dans les savoirs abstraits” et elle “tend à procéder par exclusions successives vers des voies ou des filières moins considérées”, selon le rapport.”

“Pour y remédier, le HCE estime que les régions devraient prendre en charge l’accueil et l’information des jeunes qui ont à s’orienter, des missions aujourd’hui dévolues à un trop grand nombre de structures. Les conseillers d’orientation-psychologues actuels seraient maintenus, mais “le recrutement ne serait pas poursuivi”, prône aussi le rapport. La fonction d’orientation serait également exercée par des enseignants (à temps partiel) et “des spécialistes déjà reconnus de l’insertion professionnelle, de l’emploi, de la formation continue, ainsi que des représentants des milieux professionnels”.”

http://tf1.lci.fr/infos/france/societe/0,,3905395,00-orientation-rime-trop-exclusion-.html

http://www.lesechos.fr/info/france/300279123.htm

Vous pouvez retrouver le rapport dans son intégralité (une trentaine de page écrit gros) sur le cite du HCE :
http://www.hce.education.fr/gallery_files/site/21/49.pdf

NB : Non je ne suis pas naïf il y a aussi des COP incompétents comme partout, des fonctionnaires par dépit et de mauvais professionnels frustrés et lassés de ce métier, mais globalement sur ceux que j’ai rencontré dans le cadre de mon mémoire j’ai plutôt vu des professionnels impliqués, débordés et faisant de leur mieux avec des moyens ridicules, ce qui est sans aucun doute plus représentatif de la profession.

Mise à jour du 13/07

Je viens de tomber sur deux articles. L’un de Christian Bensi qui apporte un éclairage complémentaire sur les réformes susceptibles d’être mise en œuvre dans le domaine de l’orientation. Il reprend par ailleurs le rapport d’un point de vue critique avec ses incohérences et ses limites tout autant qu’avec les points d’attention et d’efforts intéressants. L’autre du blog Bafouillages qui se consacre à la sociologie ; on retrouve une interview de Bourdieu qui n’est pas sans rappeler les mécanismes d’auto-exclusion et de discriminations implicites que peut entretenir tout système.

Liens du 12/06/08

A retrouver un excellent article de David Bernard, sur les facteurs d’exclusion d’un recrutement. Un bon rappel des fondamentaux généralement attendu des recruteurs et dont il faut être conscient au risque de ne pas passer la case compétences et motivation.

Telos, nous gratifie d’un article intéressant sur l’impact du retard dans les études sur les rémunération et l’insertion professionnelle. Autant de facteurs de discriminations souvent inconscients chez le recruteur non informé de ces tendances et risques. De ces éléments découlent le besoin très important de formation des recruteurs, notamment en PME où ils ne sont pas systématiquement des professionnels RH ou des psychologues du travail, sensibilisés à ces questions et plus porté à mettre en oeuvre des process de recrutement robustes et moins discriminant.

Un article sur la génération Y dans les entreprises et la façon dont les québecquois gèrent l’arrivée des jeunes diplômés au sein des organisations.

Les métiers rêvés des 18-25 à retrouver via Jobetic.

Liens du 22/05/2008

  • La note du Cereq 249 sur Analyser les métiers en entreprise pour gérer les mobilités. Comment éviter autant que possible les plans sociaux et passer à une véritable gestion préventive de l’emploi ? Comment aménager de nouvelles évolutions professionnelles sans nécessairement créer une discontinuité avec les expériences acquises au préalable ? Le métier semble demeurer une notion essentielle pour répondre à ces interrogations. À la condition de ne pas le réduire au poste de travail, il apparaît comme un vecteur de préservation, de transfert et de reconnaissance de compétences. Ce faisant, une approche en termes de métier peut permettre d’identifier et d’aménager les mobilités qui paraissent inéluctables, à l’intérieur comme à l’extérieur des entreprises.
    Elle semble ainsi en mesure de faciliter une véritable sécurisation des parcours professionnels.
  • Regards économiques 59, sur ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques. Ce petit dossier (10p) donne un éclairage sur les business modèles du web 2 et les raisons de son apparente gratuité.

Pour finir deux informations portant sur l’économie de la connaissance et la formation tout au long de la vie.

  • Le colloque organisé par le CERAM Sophia Antipolis, dont on peut retrouver les informations sur www.economie-connaissance-2008.com et qui a pour thème : “L’économie de la connaissance est-elle compatible avec un développement durable ? L’exemple de la Finlande.
  • La seconde information est liée à la 100° Note de veille du CAS (centre d’analyse stratégique) portant sur l’éducation tout au long de la vie telle qu’elle se met en place au Japon. Au programme
    Analyse : Japon : vers une société de l’éducation tout au long de la vie
    - De la maturation systémique à une vision intégrée de la formation tout au long de la vie
    - Une organisation complexe pilotée par le ministère de l’Éducation…
    - …mais la formation professionnelle repose d’abord sur les entreprises
    - La formation tout au long de la vie comme outil de lien social
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