Un petit mail humoristique sur ce que pourrais être notre vie dans le futur si des projets comme EDVIGE, le tout sécuritaire, le 0 risque et le développement des nouvelles technologies s’accentuait… un big brother généralisé, croustillant à souhait.
Avec EDVIGE, voilà à quoi pourrait ressembler la commande d’une pizza en 2015 : (ou les dérives de l’interconnexion des données informatiques)
Standardiste :
– Speed-Pizza, bonjour.
Client :
– Bonjour, je souhaite passer une commande s’il vous plaît.
Standardiste :
– Oui, puis-je avoir votre NIN, Monsieur ?
Client :
– Mon Numéro d’Identification National ? Oui, un instant, voilà, c’est le 6102049998-45-54610.
Standardiste :
– Je me présente je suis Habiba Ben Saïd. Merci Mr Jacques Lavoie.
Donc, nous allons actualiser votre fiche, votre adresse est bien le 174 avenue de Villiers à Carcassonne, et votre numéro de téléphone le 04 68 69 69 69. Votre numéro de téléphone professionnel à la Société Durand est le 04 72 25 55 41 et votre numéro de téléphone mobile le 06 06 05 05 01.
C’est bien ça, Monsieur Lavoie ?
Client (timidement) :
– oui !!
Standardiste :
– Je vois que vous appelez d’un autre numéro qui correspond au domicile de Mlle Isabelle Denoix, qui est votre assistante technique.
Sachant qu’il est 23h30 et que vous êtes en RTT, nous ne pourrons vous livrer au domicile de Mlle Denoix que si vous nous envoyez un XMS à partir de votre portable en précisant le code suivant AZ25/JkPp+88
Client :
– Bon, je le fais, mais d’où sortez-vous toutes ces informations ?
Standardiste :
– Nous sommes connectés au système croisé, Monsieur Lavoie
Client (Soupir) :
– Ah bon !…. Je voudrais deux de vos pizzas spéciales mexicaines.
Standardiste :
– Je ne pense pas que ce soit une bonne idée, Monsieur Lavoie.
Client :
– Comment ça ???…
Standardiste :
– Votre contrat d’assurance maladie vous interdit un choix aussi dangereux pour votre santé, car selon votre dossier médical, vous souffrez d’hypertension et d’un niveau de cholestérol supérieur aux valeurs contractuelles. D’autre part, Mlle Denoix ayant été médicalement traitée il y a 3 mois pour hémorroïdes, le piment est fortement déconseillé. Si la commande est maintenue la société qui l’assure risque d’appliquer une surprime.
Client :
– Aie ! Qu’est-ce que vous me proposez alors ?…
Standardiste :
– Vous pouvez essayer notre Pizza allégée au yaourt de soja, je suis sûre que vous l’adorerez.
Client :
– Qu’est-ce qui vous fait croire que je vais aimer cette pizza ?
Standardiste :
– Vous avez consulté les ‘Recettes gourmandes au soja’ à la bibliothèque de votre comité d’entreprise la semaine dernière, Monsieur Lavoie et Mlle Denoix a fait, avant hier, une recherche sur le Net, en utilisant le moteur ‘_http://www.moogle.fr ‘_avec comme mots clés soja et alimentation. D’où ma suggestion.
Client :
– Bon d’accord. Donnez-m’en deux, format familial.
Standardiste :
– Vu que vous êtes actuellement traité par Dipronex et que Mlle Denoix prend depuis 2 mois du Ziprovac à la dose de 3 comprimés par jour et que la pizza contient, selon la législation, 150 mg de Phénylseptine par 100 g de pâte, il y a un risque mineur de nausées si vous consommez le modèle familial en moins de 7 minutes. La législation nous interdit donc de vous livrer. En revanche, j’ai le feu vert pour vous livrer immédiatement le modèle mini.
Client :
– Bon, bon, ok, va pour le modèle mini. Je vous donne mon numéro de carte de crédit.
Standardiste :
– Je suis désolée Monsieur, mais je crains que vous ne soyez obligé de payer en liquide. Votre solde de carte de crédit VISA dépasse la limite et vous avez laissé votre carte American Express sur votre lieu de travail. C’est ce qu’indique le Credicard Satellis Tracer.
Client :
– J’irai chercher du liquide au distributeur avant que le livreur n’arrive.
Standardiste :
– Ça ne marchera pas non plus, Monsieur Lavoie, vous avez dépassé votre plafond de retrait hebdomadaire.
Client :
Mais ?… Ce n’est pas vos oignons ! Contentez-vous de m’envoyer les pizzas ! J’aurai le liquide. Combien de temps ça va prendre ?
Standardiste :
– Compte-tenu des délais liés aux contrôles de qualité, elles seront chez vous dans environ 45 minutes. Si vous êtes pressé, vous pouvez gagner 10 minutes en venant les chercher, mais transporter des pizzas en scooter est pour le moins acrobatique.
Client :
– Comment diable pouvez-vous savoir que j’ai un scooter ?
Standardiste :
– Votre Peugeot 709 est en réparation au garage de l’Avenir, par contre votre scooter est en bon état puisqu’il a passé le contrôle technique hier et qu’il est actuellement stationné devant le domicile de Mlle Denoix. Par ailleurs j’attire votre attention sur les risques liés à votre taux d’alcoolémie. Vous avez, en effet réglé quatre cocktails Afroblack au Tropical Bar, il y a 45 minutes. En tenant compte de la composition de ce cocktail et de vos caractéristiques morphologiques, ni vous, ni Mlle Denoix n’êtes en état de conduire. Vous risquez donc un retrait de permis immédiat.
Client :
– @#%/$@& ?# !
Standardiste :
– Je vous conseille de rester poli, Monsieur Lavoie. Je vous informe que notre standard est doté d’un système anti-insulte en ligne qui se déclenchera à la deuxième série d’insultes. Je vous informe en outre que le dépôt de plainte est immédiat et automatisé. Or, je vous rappelle que vous avez déjà été condamné en juillet 2009 pour outrage à agent.
Client (sans voix) :
– …
Standardiste :
– Autre chose, Monsieur Lavoie ?
Client :
– Non, rien. Ah si, n’oubliez pas le Coca gratuit avec les pizzas, conformément à votre pub.
Standardiste :
– Je suis désolée, Monsieur Lavoie, mais notre démarche qualité nous interdit de proposer des sodas gratuits aux personnes en surpoids. Cependant à titre de dédommagement, je peux vous consentir 15 % de remise sur une adhésion flash au contrat Jurishelp, le contrat de protection et d’assistance juridique de Speed assurance. Ce contrat pourrait vous être utile, car il couvre, en particulier, les frais annexes liés au divorce.
Vu que vous êtes marié à Mme Claire Lavoie, née Girard depuis le 15/02/2008 et vu votre présence tardive chez Mlle Denoix, ainsi que l’achat il y a une heure à la pharmacie du Canal d’une boîte de 15 préservatifs et d’un flacon de lubrifiant à usage intime.
À titre promotionnel, je vais faire joindre aux pizzas un bon de 5 EUR de réduction pour vos prochains achats de préservatifs valable chez Speed-Parapharma. Toutefois veuillez éviter les pratiques susceptibles d’irriter les hémorroïdes de Mlle Denoix, pour lesquelles Speed-Parapharma se dégage de toute responsabilité.
Bonsoir Monsieur et merci d’avoir fait appel a Speed Pizza. …’
La reforestation comme facteur de lutte contre le réchauffement climatique. Tristan Lecomte, Fondateur d’Alter Eco explique la démarche de son entreprise pour compenser leurs émissions de gaz.
La citadine 100% électrique. Nouvelle venue sur le marché, sans le soutien d’aucun des grands constructeurs, cette iniative à l’heure de l’écologie et de la cherté du carburant pourrait bien faire des émules. Retrouvez REVAi chez marcelgreen.
Alors que les biodiesels ont été fustigés pour leur impact sur la crise alimentaire et la flambée du prix des matières premières (notamment le maïs) deux articles permettent de prendre un peu de recul et de mieux comprendre les enjeux et risques autour de ces carburants. Retrouvez celui sur le diester français et celui sur l’engouement des suédois pour ces véhicules.
Economie
En cette période de crise alors que la désinformation et la mésinformation sont nombreuses, trois articles issus des blogs soutenus par Alternative économiques permettent de mieux comprendre les enjeux et questions auxquelles nous sommes confrontés :
- Christian Chavagneux, sur le rejet du plan Paulson et la crise tant des liquidités que du capital dans laquelle nous sommes actuellement.
- Arnaud Parienty, sur la mécompréhension de l’usage des finances publiques dans le contexte actuel, où il réexplique d’où provient l’argent et l’impact pour le citoyen
- Gilles Raveaud, autour des dysfonctionnements de l’Europe économique. “A cause de la règle de l’unanimité, l’Europe ne peut agir.” Un conférencier que j’écoutais disait récemment, que dans une démocratie l’unanimité n’avait pas sa place car, et c’est heureux, nous ne pouvons jamais être tous du même avis. Aussi choisir à l’unanimité c’est faire le jeu des minorités, des extrémismes et s’enliser… un exemple que l’Europe nous offre fréquemment, où les plus puissants s’affrontent et négocient des arrangements pour protéger leurs intérêts plutôt que les intérêts communs.
Je lis actuellement Vers un monde sans pauvreté, autobiographie de Muhammad Yunus.
Yunus, prix nobel de la Paix 2006, économiste, fondateur de la Grameen Bank est l’un des pionniers de l’économie sociale et solidaire. Sa vision radicalement à contre courant sur de nombreux sujets, éclaire de façon lumineuse l’embourbement dans lequel sont les pauvres.
Yunus insiste sur un point important, le fait que c’est notre vision des choses qui biaise le système et sa capacité à répondre à nos attentes et problématiques. Répondre aux questions de pauvreté par des mannes financières nationales et/ou internationales énormes et par un assistanat des publics et populations auxquels ces dispositifs s’adressent est de par son expérience contre productif. C’est en modifiant le système et les modalités de fonctionnement que l’on apportera une réponse pertinente en regard d’indicateurs pertinents.
Je ne m’étends pas plus, j’aurais l’occasion d’y revenir plus en détail tant la portée englobe un ensemble de thème qui m’est cher, notamment les dispositifs d’aide aux plus défavorisés, l’économie sociale, la gouvernance, le rôle des gouvernements et tant d’autres.
Un thème m’a cependant marqué, l’idée que l’on mesure le développement d’un pays non pas à ceux qui réussissent mais à la situation et à la manière dont sont traitées les 25% de la population les plus pauvres et exclues du système. Là encore un thème porteur dans nos sociétés actuelles, sur lequel je reviendrais.
La question de l’insertion professionnelle demeure entière. Alors qu’il s’agissait par le passé bien plus d’un passage entre la fin des études et l’entrée dans le monde du travail il s’agit aujourd’hui bien plus d’un processus récurrent, intégrant des périodes de chômage, de formation continue, parfois de création d’activité ou de projets divers.
Deux publics principaux sont concernés par ces questions d’insertion, même si un ensemble d’autres éléments viennent jouer.
Les juniors.
Qu’ils soient diplômés ou non, l’âge moyen d’insertion professionnelle tend à reculer, le diplôme même s’il protège encore dans une certaine mesure du chômage, ne suffit plus à immuniser contre la précarité des statuts, nombre de diplômés passent par de l’intérim ou des CDD. Les moins formés, notamment parmi ceux qui n’ont pas de diplômes ou ne sont pas qualifiés (13% d’une classe d’âge, soit environ 120 000 jeunes par an, cf INRP) souffrent d’autant plus de ces difficultés d’insertion, et a fortiori d’une insertion durable et non précaire.
La tentation de faire porter la responsabilité de cet échec scolaire, d’insertion et d’intégration aux autres est grande. A l’éducation et au système d’enseignement, aux services publics d’accompagnement vers l’emploi, aux acteurs économiques ou aux individus eux même. Il m’apparait pour autant évident que cette responsabilité est partagée entre tous ces acteurs, car ils sont parties prenantes d’un même système. Il est certes possible d’améliorer la situation par l’évolution des différents membres du système, mais c’est encore dans une action coordonnée de ceux ci et une politique cohérente que cela est possible.
A l’occasion du lancement du RIJ (Réseau Insertion Jeunes) dont se fait l’écho Christian Bensi, un échange avec Philippe Labbe nous éclaire au moins partiellement sur la complexité de ce dispositif d’insertion des jeunes, où les missions locales sont l’un des principaux intervenants, en tant qu’acteur de proximité, à même d’accompagner les publics les plus en difficultés. Le nombre d’intervenants, la concurrence entre eux, la trop grande spécialisation de leur action ou publicscibles, les budgets et soutiens dont ils bénéficient sont pour partie source des difficultés à accompagner les jeunes, qui se perdent dans les dispositifs même.
Pas de quoi s’étonner donc que même parmi les plus privilégiés, diplômés, jeunes, cadres, les désertions soient nombreuses et que pour eux la “vraie vie [soit] ailleurs”. C’est du moins ce que titre le monde dans un article de son édition du 17 septembre, brossant le portrait de nombreux cadres dynamiques qui vont voir ailleurs et laisse au monde du travail qu’une part relative de leur vie.
Ils arrivent prévenus sur le marché du travail. Ils ont déjà effectué des stages où ils ont été pressurés, exploités gratuitement, sans même l’aumône d’une poignée de main à la fin. Ils n’auront souvent que des CDD à rallonge, le temps de conduire un projet.Ils ont vu le sort qui a été réservé à leurs aînés, à leurs parents parfois, éjectés sans ménagement parce que moins compétitifs. “Les jeunes sont investis dans leur carrière, pas dans l’entreprise”, constate Bernard Salengro, secrétaire national de la CFE-CGC.
Les Seniors
Un facteur encore assez récent dont les organisations ont leur part de responsabilité. Ces mêmes organisations qui pourraient se voir forcée par le législateur de faire tomber un autre problème, celui de la réinsertion ou du maintien dans l’emploi des seniors. C’est ce que souligne Cadremploi dans son édito de la semaine, évoquant la taxe senior qui pourrait dès le premier janvier 2010 emputer de 1% de leur masse salariale les employeurs ne menant pas un plan d’action pour l’emploi des seniors.
Ces mêmes séniors, qui pour un certain nombre à l’orée des 45-50 ans ont connus ces dernières années une difficulté croissante à rester employé, que ce soit en partant volontairement à l’issue de retraite anticipée, suite à des PSE, des licenciements ou autres. Les caisses de retraite en sont venues à financer des actions d’accompagnement (bilan de compétences, formation) pour aider leurs cotisants à retrouver un emploi… et à continuer de cotiser.
Junior et sénior les mêmes limites ?
Expérience, salaire, adaptabilité, responsabilité, évolution de carrière, autant de thème qui sont communs aux uns et autres. Trop expérimenté pour les séniors ou trop inexpérimenté pour les juniors, avec des salaires trop élevés ou aspirant à évoluer trop vite, pas assez adaptable ou pas assez affirmé et aguerri, aspirant à trop de responsabilité et d’autonomie pour ceux en fin de carrière ou ceux qui la débutant sont adeptes des TIC et des fonctionnements collaboratifs en réseau, voulant évoluer encore ou rapidement dans leur carrière.
Autant de casse tête auquel se confronte certains employeurs.
A jouer le court terme et l’intérêt de chacun plutôt que la complémentarité et la co-responsabilité de chacun, le risque de voir toutes ces problématiques nous offrir un joli retour de baton est important. Quelles réponses apporter à ces thèmes : éducation, orientation, formation, insertion, emploi, rémunération et relations sociales, fidélité et implication, questions sociales et solidarité, retraite, santé…
Plusieurs articles cette semaine ont nourri une réflexion qui m’est chère, celle de l’insertion professionnelle et de la diversité dans les organisations. Ces réflexions feront l’objet de plusieurs posts.
La responsabilité de la formation. Mort aux universités, vive les grandes écoles ?
Deux articles, tout d’abord sur la viabilité et l’avenir des filières de sciences humaines à l’université. Le premier, paru dans le monde est une compilation de témoignages autour de la question des formations en sciences humaines à l’université. Il en ressort qu’en France nombre de ces formations ont, à tord ou raison, mauvaise presse et qu’il convient avec celles ci de s’expatrier dans des pays plus conciliants, de bien préparer son insertion professionnelle par des stages ou des formations complémentaires (double cursus, MS ou mastère, …. ). En effet, un bon nombre des formations en sciences humaines et sociales (SHS pour les intimes) préparent mal à une insertion professionnelle directe. Pour autant les qualités, connaissances et compétences acquises au cours de ces parcours sont des plus utiles et ne rendent pas inapte à l’emploi (Nombre des diplômés occupent les premières années des emplois sous qualifiés.)
Nicolas Gachon (MCf en SH = Maitre de conférence en Sciences Humaines) a dans l’interview qu’il donne à l’observatoire boivigny un regard qui m’apparait lucide et frappé au coin du bon sens par de nombreux aspects. Il est vain de vouloir conserver les filières de lettres et sciences humaines telles qu’elles ont été conçues et pensées voila de nombreuses années. Il n’en demeure pas moins que certaines Licences professionnelles tout autant que des Master professionnels affichent un taux d’insertion professionnel tout à fait comparable à des écoles, preuve s’il en est que l’on peut être diplômé dans ces domaines à l’université et trouver du travail.
La question qui se pose donc, est celle de la finalité de l’enseignement supérieur. Le fait de former des étudiants se fait-il dans une seule logique professionnelle et d’emploi, ou poursuit on un but plus vaste de formation à la citoyenneté, d’ouverture sur le monde et d’humanité. C’est ce que souligne Nicolas Gachon concernant les applications de la LOLF, dont les critères d’évaluations doivent être également en regard des objectifs fixés à l’enseignement supérieur et pas seulement en regard de critères économiques ou d’insertion professionnelle. Ainsi s’il apparait aujourd’hui pour beaucoup absurde de supprimer les “humanités”, “Chercher à figer les sciences humaines dans une aura virtuelle, aujourd’hui en décalage sociétal, aboutira à les réduire au statut de sciences mortes.” (Nicolas Gachon)
Ainsi plus que l’université et les sciences humaines ce qui est en question c’est l’enseignement supérieur (a minima) dans son ensemble, dans sa logique et son fonctionnement. La séparation très importante entre les enseignements, la difficulté à passer d’une filière à l’autre, à suivre des enseignements pluridisciplinaires rend aujourd’hui plus compliquée la réussite des étudiants de ces filières dans leur confrontation au monde du travail et de l’entreprise. Un cursus de lettres qui inclurait des enseignements de gestion, de géopolitique et des ouvertures sur des connaissances scientifiques auraient ainsi plus d’opportunités qu’avec une connaissance universitaire développée dans le seul domaine des langues.
Cette pauvreté des enseignements en terme de transversalité et pluridisciplinarité conduit chaque année de plus en plus d’étudiants à poursuivre leur cursus par une spécialisation, notamment dans une grande école. Ces établissements, particularité française bien connue, bénéficie sur notre sol d’une aura toute particulière, notamment auprès de certains publics (dirigeants, recruteurs) qui vantent les mérites de ces élites aux têtes bien faites. En contrepartie les travaux de sociologie de l’éducation notamment démontre que les étudiants en prépa (CPGE = classes préparatoires aux grandes écoles) sont pour près de la moitié d’entre eux issues de catégories socio-professionnelles supérieures (CSP + aujourd’hui PCS). Le système “méritocratique” aurait ainsi de sérieux biais, favorisant déjà les plus favorisés. En outre, la consanguinité qui découle de cela, diminue la diversité des parcours et des origines favorisant une rigidification des systèmes et des organisations, diminuant leur capacité d’adaptation, d’innovation, d’intégration, de confrontation, la différence et les oppositions qui s’en suivent diminuant.
Dans un récent ouvrage, Emmanuelle Walter et Thomas Lebègue poussent encore plus loin cette critique contre un système bicéphale qui accroit les similitudes et regroupent les individus en regard de leurs origines sociales. Pour eux le système de grandes écoles n’a plus d’avenir.
Alors, entre les unes et les autres, aucune ne sortirait du lot et offrirait une vision adapté et efficace des besoins de formations humaines et professionnelles ? Ce serait méconnaitre la valeur et les engagements de chacune, les bonnes initiatives et les filières promouvant un fonctionnement à contre sens. Les IAE et les filières médicales du côté des universités font preuve d’excellence, les initiatives d’ouverture à un public plus large dans les grandes écoles, en cursus initial ou continu; les cursus executive notamment où les publics de stagiaires entre 30 et 50 ans viennent enrichir leurs visions du monde et la confronter à celle d’autres cadres montre l’intérêt : multiculturel, multi professionnel, multi domaines, ces formations onéreuses sont la crème de la diversité.
L’IEP de Paris du médiatique Richard Descoings ne laisse personne indifférent, tant devant les initiatives que les propos tenus. Ce dernier exprimait récemment sa volonté de faire de sciences po paris un établissement de plus grande ampleur (passé de 4000 à 85000 étudiants en 10 ans). Pour lui, le paradoxe de l’enseignement supérieur réside dans le fait que sa démocratisation ne s’est pas accompagné de la démocratisation de ses établissements d’élites. Cela a noyé certaines filières universitaires sous le nombre d’étudiants, tandis que les grands établissements ont peut augmenté leur capacité d’accueil, sélectionnant parmi des candidats toujours très nombreux et qualifiés. Sciences Po Paris a cette autre particularité d’être plus pluridisciplinaires et ouvert sur le monde que nombre d’établissement et d’université, ce qui a mon sens nous fait grandement défaut en France à l’heure de la mondialisation.
Autant d’éléments qui montrent que si l’insertion professionnelle découle pour partie des formations, notamment dans leur contenu, tout ne relève pas de cela. Le rôle des organisations dans leur capacité à accueillir les apprenants et jeunes diplômés et à les intégrer est là aussi crucial.
Sujet traité dans de nombreux blogs et médias depuis plusieurs semaines, le fichier de renseignement EDVIGE concentre depuis la rentrée nombre de critiques à l’encontre du gouvernement.
Depuis 2001 particulièrement, les questions de sécurité ont conduit les organismes en charge de l’anti-terrorisme à vouloir renforcer leur banque de données, leurs moyens d’analyse et de contrôle de la population civile.
Malgré ce que certains ministres en disent EDVIGE n’est pas seulement la continuité des fichiers des renseignements des Renseignements Généraux, désormais intégrés au sein de la DCRI mais bien une continuité et un approfondissement de ces politiques de fichage.
La question de la liberté des citoyens (c’est la ligue des droits de l’homme qui s’est saisi la première de la question), des organes de régulation aptes à suivre ces fichiers (la CNIL en principe dont les moyens ne sont pas suffisants) et l’intérêt de ces fichiers posent questions.
Contribuent ils réellement à une plus grande sécurité dans nos pays et à une lutte contre le terrorisme et des menaces contre nos états ? Peut on par la peur inspirer par le terrorisme et la délinquance légitimer toutes ces mesures ?
Certains plus critiques voient là une dérive politique et sécuritaire pour contrôler toutes les personnes en mesures de s’opposer aux politiques gouvernementales.
Pour aller plus loin :
- Corinne Lepage : l’intérêt d’EDVIGE en regard des autres fichiers déjà existant.
- Isabelle sur le fichage des mineurs et les risques
- Jean-Marc Manach : “Edvige n’est pas fait pour lutter contre l’insécurité”
PS : J’apprends qu’un collectif de professionnels de la santé mentale (principalement des psychologues) a publié le communiqué de presse suivant, où la peur légitime là aussi des mesures de sécurité :
Communiqué de Presse
Lille, le 12 septembre 2008
A la veille d’un colloque « Santé mentale dans la Cité » qui se tient à Lille, le maire de Hem s’est exprimé dans un journal de grande distribution en justifiant son achat de l’arme « Taser » par la phrase « Le risque c’est de tomber sur un fou, un forcené ».
Les représentants des organisations : - ADESM, Roland Lubeigt
- Centre collaborateur de l’OMS pour la recherche et la formation en santé mentale, Jean-Luc Roelandt
- Conférence des Présidents des CME-CHS, Yvan Halimi
- FNAPSY (usagers), Claude Finkelstein
- UNAFAM (familles), Bertrand Escaig
- Elus, Santé Publique et Territoires, Laurent El Ghozi
- Association Française de Psychologie Communautaire, Thomas Saïas
- Fédération Française des Psychologues et de Psychologie, Brigitte Guinot
présents ce jour à Lille tiennent à exprimer leur indignation et leur inquiétude quant à de telles déclarations qui créent une confusion stigmatisante et inacceptable entre folie* et dangerosité. Ces propos sont dangereux à la fois pour les usagers mais aussi pour la société par leur ignorance de la réalité et la stigmatisation de la maladie mentale qui touche selon l’OMS 30% des citoyens.
* moins de 5% des crimes et délits sont le fait des malades mentaux
La formation professionnelle, je l’évoquais il y a quelques semaines dans un précédent article, et une manne financière énorme. Source de financement, parfois occulte comme le laisse présager certains rapports, source d’influence et de pouvoir dans une société où l’argent demeure une richesse convoité et mal répartie.
Le gouvernement a force de rapport et préconisation semble se pencher sur la question sérieusement, comme elle le fait au demeurant sur l’orientation, les retraites, ou l’emploi (fusion UNEDIC/ANPE).
Dans le cas de la formation, 4 orientations se dessinent :
La première, “la plus importante, c’est de mettre l’emploi au cœur pour que la formation serve beaucoup plus, soit à garder un emploi soit à en retrouver un. Il n’est pas normal que l’on ait tant de difficultés à financer des formations d’aide soignantes ou de conducteurs d’engins”
Le deuxième objectif est “d’avoir un système plus juste“: “Aujourd’hui si vous êtes titulaire d’un CAP, vous avez une chance sur cinq d’accéder à une formation, si vous êtes diplômé de l’enseignement supérieur une chance sur deux, si vous êtes dans une PME une chance sur dix, dans une multinationale une sur deux”, a dit M. Wauquiez.
“Remettre les usagers au cœur du système car aujourd’hui on a trop souvent l’impression d’un dédale administratif”, a indiqué M. Wauquiez. Il souhaite pouvoir “s’assurer qu’on a des formations utiles permettant aux salariés de franchir des caps dans leur carrière”.
Quatrième axe : “le but est notamment de relever le seuil de collecte des organismes paritaires collecteurs agréés à 100 millions d’euros”, mais “on se donne le temps pour le faire”. Cela conduirait au passage d’une centaine d’organisme aujourd’hui à une vingtaine à terme.
Des orientations somme toute cohérente, qui semblent aller dans le bon sens, à deux niveaux notamment. La réduction des coûts des traitements et d’administrations de ces démarches, par la réduction du nombre d’organisme et la simplification des procédures d’une part. La ré-orientation du système vers l’usager et l’emploi pour favoriser l’évolution de carrière et le maintien de l’employabilité, en prenant en compte les publics sous formés aujourd’hui.
Malgré tout, une interrogation demeure pour moi… quelle cohérence et transversalité avec les travaux et initiative sur l’orientation, ceux sur l’enseignement supérieur, sur l’éducation en générale, sur l’emploi et le chômage ? En effet, toutes ces questions ont des dénominateurs communs, des besoins et intérêts qui se renforcent mutuellement ou a contrario s’opposent. Certes la question du traitement de l’emploi, de l’éducation à la formation continue et à l’employabilité est complexe, et il est malaisé de la traiter en trois mois par des réunions ministérielles, mais l’articulation de projets et de démarches complémentaires auraient à n’en pas douter un impact sur des questions mineures comme :
La sortie de plus de 100 000 jeunes chaque année du système éducatif sans qualifications ou diplômes.
Le taux de réorientation majeur en premier cycle de l’enseignement supérieur.
Le vécu de prêt de 40% des scolaires, de l’orientation comme une contrainte subie plutôt qu’un choix proactif.
L’adéquation des formations avec les besoins des entreprises et les évolutions de la société prévisible.
Le chômage de longue durée et les discriminations que subissent un certain nombre de personnes dans l’accès à l’emploi.
La note du Cereq 249 sur Analyser les métiers en entreprise pour gérer les mobilités. Comment éviter autant que possible les plans sociaux et passer à une véritable gestion préventive de l’emploi ? Comment aménager de nouvelles évolutions professionnelles sans nécessairement créer une discontinuité avec les expériences acquises au préalable ? Le métier semble demeurer une notion essentielle pour répondre à ces interrogations. À la condition de ne pas le réduire au poste de travail, il apparaît comme un vecteur de préservation, de transfert et de reconnaissance de compétences. Ce faisant, une approche en termes de métier peut permettre d’identifier et d’aménager les mobilités qui paraissent inéluctables, à l’intérieur comme à l’extérieur des entreprises.
Elle semble ainsi en mesure de faciliter une véritable sécurisation des parcours professionnels.
Regards économiques 59, sur ce que cache la gratuité apparente des réseaux sociaux numériques. Ce petit dossier (10p) donne un éclairage sur les business modèles du web 2 et les raisons de son apparente gratuité.
Côté RH, deux articles du journal du management complémentaires. Le premier insiste sur la nécessaire professionnalisation des managers sur les problématiques RH, afin d’en faire les ambassadeurs des problématiques d’ évaluation, de diversité, de mobilité. Le second présente les évolutions fortes que connaissent les fonctions RH depuis quelques années, les ressources humaines devenant de plus en plus un acteur conseil auprès des directions, avec un rôle de plus en plus stratégique.
Pour finir deux informations portant sur l’économie de la connaissance et la formation tout au long de la vie.
Le colloque organisé par le CERAM Sophia Antipolis, dont on peut retrouver les informations sur www.economie-connaissance-2008.com et qui a pour thème : “L’économie de la connaissance est-elle compatible avec un développement durable ? L’exemple de la Finlande.“
La seconde information est liée à la 100° Note de veille du CAS (centre d’analyse stratégique) portant sur l’éducation tout au long de la vie telle qu’elle se met en place au Japon. Au programme Analyse : Japon : vers une société de l’éducation tout au long de la vie
- De la maturation systémique à une vision intégrée de la formation tout au long de la vie
- Une organisation complexe pilotée par le ministère de l’Éducation…
- …mais la formation professionnelle repose d’abord sur les entreprises
- La formation tout au long de la vie comme outil de lien social
Un article de Florence Meichel m’a amené à m’interroger sur un sujet qui me tient à coeur : l’impact des nouvelles technologies sur nos vies, dans la façon de penser, d’interagir, de nous organiser.
Les logiciels open source, les licences creatives commons, le P2P, le net et le web 2.0, la mobilité, et tant d’autres éléments qui contribuent à l’évolution des relations, des organisations, des individus et des sociétés… autant de facteurs qui ont un impact sur l’économie au détriment de minorités qui semblent résister.
Ces différents facteurs que j’aurais à coeur de développer de temps à autre, au gré de l’actualité, des lectures ou des rencontres, pour essayer de mieux comprendre ce qui se joue et les enjeux de ces évolutions.
Pour commencer, je vous invite à découvrir la vidéo découverte chez Florence Meichel.